Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /Mai /2009 17:59
 

Chère Grand-Mère Giovanna,

 

Il y a quelques semaines, alors que j'avais les idées un peu noires, j'ai éprouvé l'envi d'aller chercher sur internet le village de mon enfance.

Celui où j'ai passé toutes mes vacances jusqu'à l'âge de 20 ans.

San Nicola da Crissa,

Un petit village à flan de montagne, où vivaient une de mes tante et mes grand parents paternelles.

 

Le temps semblait s'être arrêté au siècle précédent.

Les voitures étaient rares, les déplacements se faisaient plutôt en scooter, ou à dos d'âne.

 

Les habitants du village se connaissaient tous, chaque famille portait un surnom, celui de mon grand-père était Antonio De Villa Longa (de la ville longue).

Donc lorsqu'on me demandait qui j'étais je disais «la petite fille d'Antonio de Villa Longa, celle de France, «ah!!» s'exclamaient-ils alors.

 

Je ne suis pas retourné dans ce village depuis la mort de mon grand-père en 1989, il avait 101 ans.

 

En regardant les photos mises en ligne, je reconnaissais tous les endroits, les fontaines, l'église de grand-mère, le monument aux morts, les bars où grand-père s'asseyait avec ses amis pour discuter à l'ombre de la chaleur.

 

Ainsi pendant quelques minutes mon esprit se rappelait les moindres détails des vacances passées chez eux.

Au moment où je cliquais sur un nouvel album du site, je vis apparaître la photo de grand-mère et grand-père. Je ne peux retenir mes larmes..... Je n'ai pas vu leur visage depuis des années, comme je n'ai plus de lien avec ma famille, je n'ai jamais l'occasion d'en parler.

 

Ma grand-mère dans son habit noir de «none» et mon grand-père avec sa casquette et son gilet de velours. Exactement le même souvenir que j'ai gardé d'eux depuis toutes ses années.

 

Grand-mère Giovanna, était une femme très croyante de petite taille et très maigrelette.

Elle avait eu 5 enfants dont mon père. Ils se ressemblaient d'ailleurs tous les deux.

 

Elle était discrète et sous son tablier noir elle avait toujours son chapelet et récitait ses prières tout au long de la journée.

Son habit était composé d'une jupe très longue plissée noires avec un corset de velours couvrant une chemise à dentelles. Des bas opaques et de petites ballerines.

 

Ses cheveux gris étaient tressés et ramenés en chignon dans le cou. Comme elle était belle!!!!

 

Jamais un mot plus haut que l'autre, discrète. Il lui arrivait de couvrir mes jambes avec son tablier, lorsqu'on s'asseyait ensemble devant chez elle. Mais sans jamais faire de remarque ni sur mon short ou ma jupe courte.

Elle me présentait à ses copines, en me tenant par la main même quand j'avais 16 ans.

 

Elle était fière de dire que j'arrivais de France pour la voir. Elle était présente à toutes les messes du jour, la première avait lieu à 5 heures du matin, et souvent elle venait me réveiller, pour me demander de l'accompagner... Peine perdus.

 

Cependant, je l'accompagnais volontiers les dimanches.

Là, elle me demandait de couvrir mes épaules, et mes jambes avant d'entrer dans l'église.

 

On assistait à la messe ensemble sans même prononcer une seule parole. On se parlait très peu.

 

Elle me serrait dans ces bras souvent. J'adorais ça!!!!

 

Elle n'avait jamais quitté son village, ni même regardé la télévision, ne savait pas se servir du téléphone, et n'était jamais monté dans une voiture de sa vie. Elle n'était jamais venu nous voir en France non plus.

 

Nous n'avions pas de conversation, sur aucun sujet, je ne sais pratiquement rien d'elle, ni de sa famille, ni de ses frères et sœurs.

Elle adorait mon grand-père, c'était lui qui dirigeait la maison depuis toujours, il faisait les courses et elle, tenait la maison.

Je l'ai toujours connue «vieille», on se parlait en italien, je ne lui racontais rien sur ma vie en France.

Elle adorait le chocolat et les glaces, alors lorsque grand-père nous en achetait une, j'en demandais une pour elle aussi. Elle mangeait une partie de suite, et l'autre la conservait dans le frigo pour le soir.

 

Grand-mère, comme je regrette tout ce temps où je ne t'ai jamais dit que je t'aimais, où l'on n'a jamais parlé de nous, de notre quotidien, du plaisir qu'on avait à se voir.

Et pourtant tu devinais tout.... on passait beaucoup de temps ensemble mais sans se dire un mot. juste là comme ça ensemble, toutes les deux.

 

J'étais tellement bien avec toi, tu me donnais tout ton amour, et moi, j'aurais voulu te raconter toute ma tristesse, mais c'était comme çà!!!! je ne pouvais pas, aussitôt assise à tes côtés, je respectais tes longs silences de prière et je trouvais cela si merveilleux.

 

Tu savais pourtant que j'étais la «chimia» (guenon) de ma mère, mais pas pour toi, j'étais ta petite fille, celle que tu montrais au prêtre de la paroisse pour qu'il pose sa main sur mon front, une façon de me délivrer du mal!!!!

 

Grand-mère, je réalise aujourd'hui que pour «vivre» on a besoin de se souvenir de ces racines pour construire un avenir.

En retrouvant ta photo sur internet, je me suis rendu compte qu'elles existent toujours et que même si je les oublie quelque fois, c'est bien elles qui m'ont fait résister et avancer.....

 

Grand-père, Grand-Mère, j'aime à croire qu'un jour on se retrouvera et qu'enfin on se dira tout!!!!.

Par c'est dit - Publié dans : PLEURER - Communauté : c'est dit !
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